Un an et des milliers de kilomètres plus tard

Il y a un an jour pour jour, le 4 octobre 2017, nous embarquions dans un TGV en direction de l’aéroport Charles de Gaulle, avec 12kg de vêtements et de matériels de camping sur le dos. Je me souviens encore de ce jour comme si c’était hier, quittant Strasbourg alors que la ville se réveillait à peine. On embarquait dans l’avion sans trop réaliser qu’on le faisait vraiment, comme si on partait en vacances. Sauf que cette fois-ci, une boule au ventre ne voulait pas nous quitter. 26h de vol à se poser des questions, en pensant à la Nouvelle-Zélande, puis à la France, tout en jetant furtivement un œil sur la carte interactive face à nous. Notre avion traversait déserts et océans, sans que l’on se rendait compte.

Je ne sais pas trop comment notre projet, notre voyage, était réellement perçu par notre entourage à ce moment-là. Au-delà de leurs encouragements, peut-être nous ont-iels pris pour des fous. Nous-mêmes on se sentait un peu fous d’avoir tout quitter pour vivre à partir de rien dans un pays totalement inconnu à l’autre bout du monde. Rien n’était organisé si ce n’est notre première semaine d’hébergement à Auckland. Une soudaine liberté s’offrait à nous, mais cette liberté avait quelque chose de flippant. On partait avec moins de 4000€ chacun dans un pays où le coût de la vie est presque identique à la France. Il était clair que notre rythme de vie française allait cesser immédiatement en arrivant en Nouvelle-Zélande. C’est ce qu’on voulait de toute façon, vivre tout aussi bien avec moins. Mais allait-on y arriver ?

Hier, alors qu’on arpentait les rues bondées de Shanghai, j’ai comme pris une baffe. Ou plutôt, je venais de me réveiller. J’étais heureuse de marcher dans les rues de cette immense métropole chinoise, avec toujours la même merveilleuse personne à mes côtés. Ce n’est plus juste un rêve, mais notre quotidien depuis un an. De nos premiers pas à Auckland, notre début de voyage à vélo raté, notre maison roulante fabriquée de nos propres mains, nos 5 mois à la montagne, notre hiver dans un van, nos premières fois au Japon et en Chine, je ne suis pas peu fière de ce que nous avons réalisé et accompli. Tout ne s’est pas déroulé comme prévu, ce n’est pas drôle sinon, mais c’est devenu tellement anecdotique sur tous ces souvenirs, ces rencontres, ces expériences qui ont fait ce que nous sommes aujourd’hui, un peu mieux dans nos baskets.

Le voyage nous a appris tant de choses et amélioré d’avantage notre rapport avec la nature. On se détache aisément de cette consommation à outrance. On respecte encore un peu plus notre jolie planète parce qu’on ne veut pas voir ses paysages disparaître. Ce voyage a pas mal bousculé notre façon de vivre mais aussi de voyager. Nous pensions faire gaffe mais nous avons vite compris que chacun de nos pas peut avoir un impact, que ce soit au niveau de la nature ou de la vie humaine. L’humain a-t-il vraiment besoin de se rendre partout dans le monde, pour le plaisir des yeux ou d’un cliché Instagram ? Moi-même je partage quelques uns de mes clichés sur les réseaux sociaux mais quand je vois l’impact que cela peut engendrer, comme en Islande, en Norvège ou encore en Nouvelle-Zélande, cela m’effraie de plus en plus.

Voyager de cette manière et aussi longtemps fût aussi le meilleur moyen pour mieux se connaître. On connait d’avantage les valeurs qui nous touchent, nos limites, les choses qui nous animent, les angoisses qui nous poursuivent, ce qui nous manque ou au contraire qui a presque été oublié, comme toutes ces affaires personnelles entreposées quelque part en Alsace.

L’Alsace, notre “chez nous” qui nous parait proche et lointain à la fois. La boule au ventre revient tout doucement rien que d’y penser. Rentrer fait le même effet que partir. On revient comme on est parti, avec un sac à dos un peu plus léger mais rempli de souvenirs. Dans quelques semaines nous allons repartir avec pas-grand-chose dans une ville que nous pensons connaître par cœur mais que nous allons peut-être revoir différemment.
Toutes les personnes rencontrées sur la route sont quasi unanimes, rentrer est plus effrayant que de partir vers l’inconnu. Nous sommes tous et toutes un peu tiraillé·e·s entre l’envie de retrouver ses repères, revoir ses ami·e·s, sa famille et continuer de vadrouiller, se jeter toujours un peu plus dans l’inconnu, la nouveauté, l’émerveillement, tester ses limites, rester loin de la routine, peu importe l’épuisement et la noirceur sous nos yeux.

En attendant de nous revoir dans les rues strasbourgeoises, j’ai envie de finir ce billet sur quelques clichés du Japon, parce que ce voyage, c’était un rêve d’ado et qu’il s’est enfin réalisé. ♥