Les notes de juillet — part. 2

Après un millier de kilomètres parcourus en une dizaine de jours, nous remontons l’Île du Sud en direction de nos montagnes, comme prévu. Petit à petit, cette vie en van qui fait rêver tout Instagram ne semble plus avoir autant d’écho pour nous. L’envie de passer à autre chose. Peut-être parce que la fin de notre roadtrip en Nouvelle-Zélande est plus proche que jamais.

Ironiquement, notre van-life a pris fin un mois plus tôt que prévu. La faute à un moteur qui se meurt tout doucement. C’est drôle comme on relativise différemment après avoir vécu des mois avec pas grand-chose. Nous nous en sommes débarrassés pour une bouchée de pain. On garde le sourire malgré tout, parce que c’était notre maison pendant 7 mois. Parce que ce petit van robuste nous aura emmené partout où on voulait, sur des routes incroyables, parfois difficiles, parfois trop hautes en altitude. Notre malheur n’est arrivé qu’à la fin du voyage. Après tout, ce n’est qu’une histoire d’argent. Nos têtes sont remplies de souvenirs qui eux n’ont pas de prix.

Nos dernières semaines en Nouvelle-Zélande se terminent en sac à dos, entre tente et auberge de jeunesse, comme au début du voyage. Comme une impression de boucle bouclée.


Ces notes de juillet sont un peu longues, c’est pourquoi elles sont en deux parties, ce qui évite d’alourdir la page en photos (je n’arriverai jamais à mettre moins de photo).

The Catlins

Notre exploration se poursuit le long de la côte du Sud-est, dans les Catlins. À cheval sur les frontières de l’Otago et du Southland, ce bout de la Nouvelle-Zélande est presque désert. Les conditions météorologiques doivent y être pour quelque chose. Les roches sont rongées par les vagues. Les arbres, couchés au sol, tentent de survivre à ces puissantes rafales. L’endroit n’est pas aussi waouh que le reste de l’Île du Sud, les paysages sont même un peu monotones. L’unique route se faufile entre forêts, pâturages et autres terres agricoles.

Nous découvrons tout de même de jolies plages et quelques phares qui proposent un point de vue séduisant, tels que Waipapa Point et Nugget Point. Ce dernier est sans aucun doute le point de vue le plus photographié des Catlins, et le plus attrayant aussi. Le petit chemin qui mène au phare donne l’impression d’atteindre un peu plus le bout du monde. En se penchant un peu, on peut même apercevoir en bas des falaises quelques jeunes phoques qui s’amusent dans l’eau.

La région regorge aussi de cascades, parfois bien enfouies dans la forêt. Mais l’hiver n’est pas la saison idéale pour s’y aventurer, les chemins sont quasi impraticables. Sauf peut-être pour les Chutes du Niagara de Nouvelle-Zélande, une petite pointe d’humour qu’on ne pouvait manquer. =)

L’autre endroit marquant, et immanquable, est Curio Bay. On peut y découvrir les restes d’une ancienne forêt d’il y a 180 millions d’années, visible uniquement en marrée basse. Les arbres sont fossilisés et bien ancrés au sol, emprisonnés sous des débris volcaniques. C’est assez impressionnant à voir puisque sous ce qui s’apparente à des roches, nous pouvons bien distinguer les troncs d’arbre.
Curio Bay c’est aussi l’endroit parfait pour observer toutes sortes d’animaux sauvages : otarie à fourrure, lion de mer, dauphin d’hector, pingouin aux yeux jaunes, voire même des baleines si vous avez de la chance.

Après plusieurs tentatives à différents endroits en Nouvelle-Zélande, c’est à Roaring Bay, non loin de Nugget Point, que nous avons enfin pu apercevoir un petit pingouin aux yeux jaunes ! Il s’agit encore une fois d’une espèce endémique à la Nouvelle-Zélande.

C’est depuis notre petite cabine d’observation — mise en place par le DOC pour les observer sans les effrayer — que nous admirons ce petit manchot sortant de l’eau, marchant d’un pas un peu maladroit vers son nid. Le chemin ne semble pas évident, il ne cesse de trébucher et se ramasser la figure sur la plage pleine de cailloux. On le voit sautiller de roche en roche, perdre l’équilibre et tomber des dizaines de fois jusqu’à enfin atteindre la verdure où doit se trouver son nid. Nous restons encore un peu, espérant en voir d’autres. Mais ce sera notre seule et unique rencontre avec un petit manchot. Une magnifique rencontre dont on se souviendra longtemps. ♥

Les surprises du voyage

En se rapprochant des montagnes que nous connaissons si bien — nos montagnes — une drôle d’émotion commence à nous envahir. Cet endroit que nous avons autant aimé que détesté nous accueille sous ses plus beaux rayons de soleil et un manteau blanc encore plus épais. Nous rentrons à la maison, mais juste pour un soir ou deux.

Revoir tous ces visages connus, retrouver les ami·e·s, se faire saluer par tout le monde dès nos premiers pas, nous n’aurons pas pensé retrouver Wanaka avec tant de joie. Malheureusement pour nous, notre van commence à montrer quelques faiblesses dès notre arrivée. Sans même réfléchir, nous retournons au garage qui avait déjà pris soin de notre van les semaines précédentes. Ses spéculations ne sont pas très encourageantes ; soit ce n’est rien, soit c’est très grave. Nous devons attendre une semaine avant notre prochain rendez-vous. Cela nous parait long, mais long par rapport à quoi ? Nous n’avons plus vraiment de notion de temps. Nous préférons être « coincé·e·s » à Wanaka plutôt que dans n’importe quelle autre ville déprimante que nous avons traversé ces derniers jours.

Nous profitons de cette semaine “off” pour se reposer, sans bouger à droite et à gauche, passer de bons moments avec les ami·e·s et finir les itinéraires des prochains pays à explorer. Nous nous offrons même une semaine de luxe dans un camping à deux pas du centre-ville, avec douche, cuisine et wifi ! Le luxe selon les backpackers.

Jour-J. L’attente se fait longue, la journée passe lentement. Nous retournons au garage pour prendre des nouvelles de notre maison roulante. La nouvelle tombe comme ça, avec lourdeur, sans qu’on soit vraiment prêt. On espère entendre un “Mais non, je rigole !”. Rien. Le propriétaire du garage continue son explication avec empathie et nous annonce un devis plus que salé et un délai de réparation beaucoup trop long pour nous qui quittons le pays 5 semaines plus tard.

Nous retrouvons notre van un peu dépité·e·s. Beaucoup d’énergie et d’argent pour un van dont on ne récupérera (presque) rien. Mais nous rebondissons très vite. L’argent investi dans le véhicule est oublié depuis longtemps. Malgré sa faiblesse qu’il semble traîner depuis des mois, ce petit utilitaire de marque japonaise ne nous aura jamais fait fausse route. 15 000 kilomètres en 7 mois à travers les routes sinueuses de la Nouvelle-Zélande, ce n’est pas rien. Le van roule encore et devrait pouvoir nous emmener jusqu’à Christchurch où nous avions de toute façon prévu de le revendre. Let’s go!

Notre dernière nuit dans le van se passe au bord de l’immense lac Pukaki, avec le Mont Cook qui nous observe au loin. Les couleurs à la tombée de la nuit et au levé du soleil sont incroyables. On ne pouvait rêver mieux comme dernière nuit avec notre fidèle compagnon.

Je crois que c’est ce qui nous manquera le plus de cette vie en van, pouvoir se réveiller dans des cadres idylliques, être les premier·e·s, parfois même les seul·e·s, à assister à l’un de ces nombreux spectacles naturels.

Christchurch

Retour aux bruits citadins. Nous roulons pour la première fois dans la deuxième plus grande ville du pays. La circulation est plus dense, les commerces sont omniprésents. Les maisons, pourtant pas très hautes, cachent la chaîne des Alpes que l’on tente d’apercevoir au loin. Les montagnes nous manquent déjà.

Nous posons nos sacs dans une agréable auberge de jeunesse où nous prévoyons d’y séjourner une dizaine de jours, le temps de se débarrasser du van, faire quelques démarches administratives et découvrir un peu la ville. Par chance, l’auberge est presque vide et propose des tarifs spéciaux pour l’hiver. Nous nous précipitions dans notre chambre comme si c’était la plus belle chose à voir. Quel bonheur de retrouver un vrai lit, un chauffage (plutôt rare en Nouvelle-Zélande !), une salle de bain juste à côté.

Nos premiers pas avancent au hasard, se laissant parfois appeler par un joli bâtiment au loin. On ne peut pas vraiment qualifier Christchurch de « jolie ville », bien qu’elle regorge de quelques vieilles pierres et de street-art ou d’un immense parc, sorte de poumon vert de la ville. Non, Christchurch est une ville détruite par un puissant tremblement de terre en 2011, faisant 185 morts. Son centre-ville est presque fantôme. Entre les bâtiments abandonnés, les espaces vides ou les innombrables chantiers, Christchurch n’est décidément pas comme les autres villes du pays. Il suffit de jeter un œil à sa Cathédrale, ou du moins ce qu’il en reste, pour vous donner quelques frissons.

Cette pause citadine nous émerveille différemment. On met de côté les points de vue à chaque virage, les forêts denses ou les immenses montagnes. On se laisse à nouveau surprendre par les atouts d’une ville, que ce soit par son architecture et ses musées. Parfois, c’est un joli mélange de nature et de créations humaines, comme la très belle serre du jardin botanique (ma passion pour les serres ne s’arrêtera jamais) ou ce coucher de soleil, totalement explosif, qui se reflète sur les dernières constructions modernes.

Un rapide saut à la plage, dans le quartier de New Brighton, nous écarte un peu du béton, mais nous n’apprécions pas l’océan de la même manière que nous avons pu l’apprécier sur les multiples plages sauvages déjà vues auparavant. La tristesse de ce quartier doit y être pour quelque chose. Les rues sont vides, de nombreux commerces sont même abandonnés. Cela n’empêche pas les habitant·e·s de se retrouver sur cette jetée pour prendre l’air, avec sa planche de surf ou sa canne à pêche sous le bras.

La ville est étonnant calme. Le chant des oiseaux résonnent dans les rues, le bruit de nos pas aussi. Les premières fleurs sont déjà de sortie alors que nous sommes encore en plein hiver, c’est dingue comme ces pétales colorées peuvent réconforter et raviver toute une rue.

Il y a pourtant un semblant de vie, de nouveaux lieux où les habitant·e·s se réfugient. Il y a un nombre incroyable de cafés par exemple ! Les quelques pubs et brasseries, éparpillés dans la ville, sont pris d’assaut par les habitant·e·s à la fin de journée, proposant souvent un choix assez intéressant de bières artisanales. Notre découverte des bières locales est loin d’être terminée.

Christchurch semble être non seulement une ville vélo friendly mais c’est aussi le petit paradis des vegans de quoi nous ravir. Pratiquement toutes les cartes des restaurants, cafés, bars ou fast-food proposent des alternatives vegan. Même l’un des supermarchés du centre, New World pour ne pas le nommer, propose un stand de pâtisseries vegan (leur brownie est une tuerie !). La communauté est également très active sur internet, avec un site spécialement dédié au veganisme dans la ville, Vegan Christchurch.

Petite mention spéciale pour le café Potershed qui est sans aucun doute le meilleur café vegan au monde. L’endroit, joliment décoré, propose une ribambelle de pâtisseries (leur crème anglaise !), de petits plats salés (sandwichs, tartes, burger, chaussons au fromage ou roulé à la saucisse, oui les néo-zélandais·es adorent ça) ou de boissons maisons (smoothie, ginger beer…). Tout est beau, copieux et délicieux. Je pourrais y aller tous les jours et passer ma journée à tout manger. #gourmandise

Découvrez la première partie des notes de juillet.