Les notes de juillet — part. 1

Des Alpes aux fjords. Des fjords à l’océan. Notre petit van s’est laissé emporter par les routes sinueuses du sud de la Nouvelle-Zélande. Des paysages majestueux de Milford Road aux routes monotones sur les côtes plates de la région d’Invercargill, nos regards se sont longuement égarés. Nous avons comme aperçu le Pôle Sud. C’est fou ce qu’on est loin. Cet éloignement nous rappelle aussi la fatigue que cette vie de baroudeurs et de baroudeuses engendre. L’envie de crapahuter à chaque recoin du pays se faire moindre. Peut-être parce que notre soif d’aventure et d’émerveillement en Nouvelle-Zélande a été plus que comblée.

Nous observons un peu plus souvent le calendrier, voyant la fin de ce périple néo-zélandais approcher à grand pas. Nous sommes quelque part entre l’épuisement et l’excitation. La beauté de la Nouvelle-Zélande nous manquera, c’est incontestable. Tous ces petits oiseaux qu’on ne verra nul part ailleurs. Ces immenses forêts subtropicales. Ces ciels explosifs. La voie-lactée, toujours aussi radieuse. La tranquillité et le sentiment de sécurité, dans n’importe quel endroit du pays. L’aide et la bienveillance de chacun·e. L’extrême facilité administrative (oui c’est important, on redoute déjà notre retour en France).

Mais on a aussi terriblement envie de passer à autre chose, découvrir de nouveaux paysages, de nouvelles cultures. Se sentir perdu·e·s et étranger·ère à nouveau. Profitons de ces derniers instants au milieu de cette nature sauvage qu’on connaît si bien maintenant avant de fouler des vieux chemins, quelque part en Asie, remplis d’histoires et de légendes.


Ces notes de juillet sont un peu longues, c’est pourquoi elles sont en deux parties, ce qui évite d’alourdir la page en photos (je n’arriverai jamais à mettre moins de photo).

Fiordland National Park

La croisière dans les fjords, on en rêvait depuis des mois ! Tout le monde autour de nous semblait avoir déjà exploré cette partie qui est la plus sauvage de la Nouvelle-Zélande. Nous avions eu droit à tous les récits ; sous le soleil d’été et ses (maudites) sandflies, sous la pluie et ses cascades, avec de la neige et le risque d’avalanche sur la route. Les avis restaient unanimes : c’est tout simplement magnifique.

On aurait pu faire la croisière sous un ciel, bleu mais on n’avait pas envie de se dépêcher et avaler des centaines de kilomètres en un seul jour. Notre rythme de voyage en Nouvelle-Zélande se fait lentement, très lentement. Nous passons trois nuits au milieu de nul part avant d’atteindre réellement Milford Road. Le luxe de voyager longtemps dans un même pays. Nous parcourons rapidement Te Anau, petite ville si isolée et posée dans un magnifique cadre, mais qui nous parait bien triste, surtout en cette période de l’année. La ville ne semble (sur)vivre que du tourisme.

Notre dernière nuit juste avant d’entrer dans le parc nous annonce déjà la couleur. Le camping est désert, il y a des bruits étranges dans la forêt, sans doute des oiseaux nocturnes, et le ciel n’aura jamais été aussi clair et étoilé que ce soir-là. La ville la plus proche est à 25 km. Aucune pollution lumineuse à l’horizon. La lune n’est pas de sortie. L’envie de sortir photographier ce ciel incroyable est plus fort que ma peur de ces bruits étranges.

Nous remontons la route dans cette forêt dense, apercevant quelques sommets enneigés. La lumière tout autour de nous est magnifique. La route est presque déserte.

Nous nous lançons dans une randonnée en plein cœur de cette jungle subtropicale mouillée et pleine de boue, à la recherche d’un lac perché sur les montagnes. Nous passons 1h30 à escalader les roches, les racines d’arbres et autres arbres morts qui jonchent ce semblant de chemin. On se croirait en expédition. Plus on monte, plus la neige est présente.

Après plusieurs (longues) minutes de doutes et de discussions, le lac est là, juste sous nos pieds. Il était caché derrière tous ces arbres. Comme à Mont Cook, nous arrivons brusquement dans un paysage sans couleur, le contraste entre la neige et les roches sombres est incroyable. Les nuages sont si bas, donnant une ambiance Ô combien mystérieuse. Rien ne bouge, tout est figé, sauf nous. Ici aussi, nous pouvons entendre le silence. Un sentiment de privilège nous submerge. Ce paysage est rien qu’à nous.

Cessons de rêver, il est temps de rebrousser chemin avant que la nuit ne tombe.

Nous passons la nuit dans un petit camping que nous avions déjà repéré. L’accueil est plus que chaleureux. La vieille dame nous annonce que nous sommes les uniques client·e·s de la soirée. Le feu de la chaudière (pour les douches) et celui de la salle commune brûlent rien que pour nous. Après une rapide douche brûlante, nous passons la soirée installé·e·s dans des fauteuils face au feu, avec quelques puzzles sous la main, savourant cette agréable chaleur que nous n’avons que très rarement dans notre van.

 

Nous reprenons la route avant la lumière du jour, nous enfonçant un peu plus dans ce bout du monde complètement sauvage, où (presque) personne ne vit. L’entrée du tunnel donne l’impression de pénétrer dans un monde nouveau.

Après avoir salué rapidement les petits keas et wekas qui rôdent sur le parking, des espèces d’oiseaux qu’on ne retrouve qu’en Nouvelle-Zélande, nous montons à bord du tout premier bateau, avec à peine une douzaine d’autres personnes — on n’ose pas imaginer la foule qu’il doit y avoir en été.

Le bateau s’éloigne tout doucement du port, laissant derrière lui de jolies formes sur l’eau. Les premières cascades se dévoilent. Nous repensons à notre croisière en Norvège dans le Nærøyfjord, les paysages sont similaires, les émotions aussi. C’est presque gênant d’être ici et de faire tant d’agitation dans ce coin que l’humain n’a pas encore souillé. Mais la nature semble si forte, nous la trouvons même intimidante. Les immenses sommets se cachent derrière les nuages, leur donnant une allure ténébreuse. De ces sommets coulent des centaines de chutes d’eau à n’en plus finir.

Le bateau poursuit sa route en direction de la mer de Tasman, bravant l’eau si sombre et si profonde. Quelques dauphins font de timides apparitions. Des phoques sautent sur les roches. On ne cesse de répéter “Que c’est beau !”. Au bout du fjord, la mer nous gifle violemment. Nous essayons de nous accrocher comme nous pouvons pour ne pas perdre l’équilibre. Un immense rideau de pluie couvre l’horizon. Derrière nous, le fjord reste calme et majestueux.

Sur le retour, la pluie semble nous rattraper. Le panorama disparaît tout doucement. Comme si nous n’étions pas assez mouillé·e·s, le bateau se rapproche d’une cascade. Nous pouvons contempler toute la puissance de cette chute d’eau. Une rencontre un peu surprenante, mais qui comblera de joie n’importe quelle personne du bateau, nous compris.

Après cette incroyable croisière, nous remontons les 140 km de la Milford Road, toujours ébahi·e·s par les paysages qui nous entourent. Juste avant de passer le tunnel, des keas nous bloquent la route. Nous marquons quelques arrêts sur la route, mais pas autant que nous l’espérions parce que la zone est en risque d’avalanche. On s’éloigne petit à petit du parc national, laissant derrière nous cet endroit si époustouflant.

C’est en étant dans ces fjords que je me suis rendue compte à quel point nous sommes vraiment loin de tout, vivant depuis quelques mois dans un pays où la nature est riche, unique, tout ça grâce à son éloignement géographique. Cette nature est à la fois si forte, pouvant survivre aux pires conditions climatiques que peut connaître Zealandia, mais en même temps si fragile face aux détériorations faites par l’humain.

Un peu plus au Sud

Les montagnes sont loin derrière nous. La route nous parait parfois longue, monotone. Il n’y a ni relief, ni mer ou océan.

Plus on s’approche de l’océan et plus les routes sont envahies de mouettes. Nous longeons enfin la côte, jetant quelques coups d’œil vers l’océan. Quelque part au loin, très très loin, il y a l’Antarctique. La dernière fois que nous étions aussi proches d’un Pôle, c’était au Cap Nord en Norvège.

Notre route est toujours ponctuée d’arrêts, parfois au hasard, souvent par curiosité.

On s’arrête à Gemstone Beach, une plage sauvage connue pour ses pierres semi-précieuses comme le grenat, le jaspe, le quartz, la néphrite ou encore le saphir. Notre collecte de pierres n’est pas très glorieuse, mais c’est toujours agréable de marcher sur une plage et profiter de l’air marin.

Un peu plus loin, nous nous arrêtons à Monkey Island, surtout pour son nom en référence au jeu vidéo du même nom. L’instant geek de Lucas.

Nous rejoignons Invercargill, une des villes les plus australes au monde. Après des heures de route au milieu de nul part, nous retrouvons (enfin) un semblant de vie. Cette ville qui semble si mal-aimée des voyageurs·euses n’est pas plus vilaine que d’autres villes du pays. Nous passons rapidement à Bluff, mais plus par symbolisme, puisqu’il s’agit d’un des points les plus au sud de la Nouvelle-Zélande. Un arc-en-ciel apparaît au moment même où nous arrivons, les couleurs tombent dans l’océan.

Nous passons en coup de vent à Bluff Hill où un magnifique panorama s’offre à nous. Mais la puissance des rafales de vent nous poussent à quitter cet endroit au plus vite.

Demolition World

À la sortie de la ville d’Invercargill, il y a cet endroit dont une amie nous avait parlé et qu’il fallait absolument visiter, Demolition World. Je crois bien que c’est la chose la plus étrange et la plus fascinante que nous ayons pu voir en Nouvelle-Zélande. C’est un peu comme si nous étions dans un parc d’attractions après une catastrophe nucléaire. Il y a tout ce qu’on peut retrouver dans une ville : une épicerie, un garage, un cinéma, un coiffeur, un bar, une salle de spectacle, un hôpital, un magasin de jouets, même une église ! On peut aussi y découvrir la maison de la sorcière.

Tout est mis en scène avec des mannequins. Un mariage est d’ailleurs en train de se dérouler, avec la petite musique qui ne s’arrête jamais. L’ambiance est parfois un peu malsaine, dérangeante, mais c’est ce qui fait le charme de ce lieu, en tout cas nous sommes sous le charme. On repense à la Demeure du Chaos dans la région lyonnaise. De nombreuses poules sillonnent les rues, donnant un peu de vie à cette ville fantôme.

Ce joyeux bordel est organisé avec minutie. Cette petite ville pas comme les autres a été construite à partir d’objets récupérés par David, le propriétaire, qui est également à la tête d’une entreprise de démolition. L’imagination et le travail de cette personne est plus que fascinante. On manquait de visites insolites en Nouvelle-Zélande, nous voilà comblé·e·s.

L’entrée est gratuite mais vous pouvez déposer une petite pièce dans la boîte à donation. Une vraie boutique est également sur place, avec quelques petites créations locales et surtout de nombreux vieux objets ; si vous avez toujours rêvé d’un vitrail d’église, c’est ici que vous le trouverez.

 

Découvrez la suite des notes de juillet dans la deuxième partie.