Les notes de mai

L’hiver est arrivé du jour au lendemain sans nous prévenir. Les arbres ont été mis à nu en quelques jours, déshabillés par le vent glacial. Les montagnes sont devenues si blanches que ça en devient éblouissant. Quant à nous, nous nous sommes retrouvé·e·s congelé·e·s dans notre petit van, cherchant à se réchauffer comme on peut. Bouillottes, vêtements thermiques, chauffage DIY (un pot de terre cuite et pleins de bougies à l’intérieur), nous arrivons malgré tout à dormir comme des bébés sous notre couette bien douillette. Au réveil, enfiler ses vêtements froids dans le froid n’est pas ce qu’il y a de plus agréable, mais il suffit de lancer la bouilloire pour réchauffer nos 3,60m².
Le plus difficile, c’est lors des jours de repos, n’ayant pas d’endroits chauds où se (re)poser. On squatte la librairie, les cafés ou le chouette petit cinéma de Wanaka pour être un peu au chaud, savourant nos pop-corn ou nos cookies vegan tout frais tout chauds dans un canapé bien confortable (oui, il y a des canapés dans la salle !) face au dernier Star Wars ou Wes Anderson. Sauf qu’on aimerait bien que ces lieux soient un peu plus chauds parce qu’ici le chauffage et l’isolation, ils ne connaissent pas vraiment en Nouvelle-Zélande.

Pour tout vous avouer, ce mois de mai était presque un peu triste par moment. Avec cette soudaine claque hivernale, la fatigue et cette impression de vivre la même semaine depuis trop longtemps, on se demandait parfois ce qu’on foutait là, dans cette ville minuscule d’un pays si isolé à l’autre bout du monde. Je crois bien que c’est un des symptômes qui accompagne toujours l’hiver. Mais ne nous laissons pas abattre par ces vilains coups de blues. Notre corps a depuis réussi à dompter le froid. Et il suffit parfois de retourner sur la route pour tout oublier, se laisser surprendre par la beauté des paysages néo-zélandais pour mieux se réconcilier avec le pays.

Mount Cook

Première escapade du mois vers le plus haut sommet de la Nouvelle-Zélande. On en rêvait depuis longtemps, mais la météo ne cessait d’être capricieuse à cet endroit-là. Cette fois-ci, nous nous sommes lancé·e·s, peu importe ce qui nous attendait.

Et quelle belle surprise !

Nos deux journées sur place auront été totalement différentes, passant d’un paysage noir et blanc Ô combien mystérieux à des couleurs éclatantes le lendemain. L’avantage de voyager longtemps dans un pays et de ne pas être pressé par la route.

L’exploration démarre par cette unique et incroyable route qui mène au Mont Cook. Le bitume serpente entre les montagnes et le lac Pukaki d’un bleu si irréel. Les nuages sont bas, camouflant les sommets. Nous sommes presque seul·e·s à rouler dans ce mystérieux paysage. La haute saison touristique est bien terminée. On s’arrête parfois au milieu de la route pour garder quelques traces de cette si belle route dans nos boîtes à images.

Nous démarrons la Hooker Valley Track en fin d’après-midi, sous les premiers rayons de soleil de la journée qui se dévoilent timidement derrière les montagnes.
Le timing est parfait et le chemin commence à se vider de ses visiteurs. Trois ponts suspendus et plusieurs pas dans la neige plus tard, nous nous retrouvons dans un paysage presque dénué de couleur. S’il n’y avait pas le lac Hooker et son bleu crémeux, on aurait pu se croire dans une vieille carte postale en noir et blanc. L’endroit est si calme. On croit même entendre le silence, vous savez, ce silence froid et si apaisant, coincé dans les montagnes enneigées. Quelques craquements de glace résonnent au loin. Le Mont Cook est face à nous, enfin, c’est ce qu’on imagine. On distingue seulement le bout de la langue glacière. Son pic doit prendre un bain de soleil quelque part là-haut.
Le froid et la nuit qui commence à tomber nous invitent à faire demi-tour. Les couleurs derrière nous sont incroyables. On s’amuse une dernière fois sur les ponts suspendus avant de reprendre la route pour trouver un endroit où dormir.

Le lendemain, le paysage change complètement, nous dévoilant 1001 montagnes. Le lac Pukaki se montre sous ses plus belles couleurs. Hier c’était l’hiver, aujourd’hui le printemps. On a presque l’impression de découvrir un nouvel endroit. Cette fois-ci, le Mont Cook est bien face à nous et nous observe scrupuleusement jusqu’à notre arrivée dans la Hooker Valley, pour la seconde fois.

L’idée de refaire la Hooker Valley Track sous un beau ciel bleu est tentante, mais nous préférons garder un souvenir mystique de cette marche. Nous nous tournons vers la Red Tarns Track qui monte beaucoup mais nous donne accès très rapidement à un point de vue assez spectaculaire sur la vallée et ses belles montagnes. Le chemin n’est pas très emprunté, ce qui nous permettra de profiter assez longuement du soleil sur ce petit banc perché à 1050 mètres d’altitude (en vrai, on ne monte que 350 mètres).

Lindis Pass

Lindis Pass c’est le nom d’une route dont nous entendons souvent parler, surtout pour ses nombreuses alertes météos. Cette route de montagne qui s’élève à 971 mètres passe à proximité de nombreux sommets comme Lindis Peak. C’est l’unique route entre Wanaka et le Mont Cook. L’emprunter de nuit n’est pas de tout repos. Grâce à la lune, nous pouvons apercevoir les silhouettes des montagnes, mais sans trop savoir à quelle hauteur nous pouvons bien être. Ce sera sur le chemin du retour, lors d’un beau matin ensoleillé, que nous découvrons vraiment Lindis Pass. En l’espace d’un instant, on se croirait sur une route entre l’Arizona et la Death Valley avec ses reliefs brûlés par le soleil.

Dunedin

Coup de cœur pour cette ville. Cette petite escapade à Dunedin fut reposante, motivante, vivifiante. N’est-il pas étrange de quitter la montagne pour se ressourcer dans le bruit urbain ? Je crois bien que nos âmes de citadin·e·s en avaient besoin. C’est lors de ce terrible coup de blues que nous avons décidé d’aller à Dunedin. Nous n’avions pas été dans une grande ville depuis Wellington et ça commençait cruellement à nous manquer. On avait besoin de se reperdre dans les rues d’une (grande) ville, voir un peu d’architecture, de l’art, des endroits imparfaits, des gens qui se déplacent à pied ou à vélo et pas juste en 4×4, des revendications collées sur les murs, des événements culturels, une population mixte qui sait s’approprier les lieux et faire vivre un quartier.

Dunedin, c’est un peu tout ça, avec un joli côté scottish. On croise des églises telle qu’on pourrait voir en Grande Bretagne et particulièrement en Écosse, une ancienne église transformée en bar, une gare vraiment belle, des musées, un magnifique jardin botanique, des jolies petites maisons ou des entrepôts de briques rouges aux côtés des vieilles maisons victoriennes et ses jardins de palmiers. On dit d’ailleurs que c’est la ville la plus écossaise du pays, sauf qu’ici, les terrains de rugby remplacent les terrains de foot. Pour la petite histoire, la ville a été fondée par des écossais en 1848 et « Dunedin » est tout simplement le nom gaélique Écossais d’Edimbourg, « Dùn Èideann » (ce qui explique la prononciation qui nous paraissait compliqué au début).

Au détour d’une rue, nous pouvons voir ces boîtes à livres, ces jolies bouquineries d’occasion — où je pourrai y passer des heures — ou une de ces nombreuses fresques cachées dans les rues de Dunedin. En visite insolite, nous nous sommes rendues à Baldwin Street qui est la rue la plus pentue du monde. Chacun·e essaie de la gravir à sa manière ; à pied, en voiture ou… à vélo !

Nous nous sommes régalé·e·s de gourmandises en tout genre dans ce café vegan où il y avait juste trop de choix pour nos petits estomacs, nous avons mangé notre première vraie pizza à l’italienne et cuite au feu de bois depuis notre arrivée en Nouvelle-Zélande (et qu’est-ce que c’était bon), nous avons adoré le musée d’Otago et nous avons même dormi dans un vrai lit pour la première fois depuis janvier 2018, dans une adorable petite maison victorienne transformée en auberge de jeunesse. Bref, des petits plaisirs simples mais que nous savourons d’autant plus maintenant. Dunedin nous te reverrons vite. ♥

Péninsule d’Otago

Non loin de la ville de Dunedin il y a la Péninsule d’Otago qui accueille de nombreux animaux sauvages ; manchots à l’œil jaune, albatros, lions de mer et toute une multitude d’espèces d’oiseaux. On y trouvait même des moas il y a quelques siècles, cet oiseau géant (jusqu’à 3 mètres) sans aile qui a disparu dans les années 1400 à cause d’une chasse intensive par les Māoris. On peut découvrir quelques squelettes de moas au musée de l’Otago et c’est plus qu’impressionnant.

Nous nous laissons guider par les petites routes Ô combien étroites, le genre de route où il vaut mieux ne croiser personne au risque d’être bloqué — ou de tomber dans le ravin. Nous revoilà tout près de l’océan. On jette un œil furtif dès qu’on l’aperçoit, toujours aussi ébahi·e·s par sa couleur et ses vagues.

Malgré son nom plus que rebutant — toute personne ayant déjà été en Nouvelle-Zélande a connu le calvaire des sandflies, nous nous arrêtons à Sandfly Bay. Aucun sandfly à l’horizon mais une magnifique plage de sable blanc et des falaises embrasées par l’océan. Nous retirons nos chaussures, laissant nos pieds s’adoucir et se refroidir par le sable gelé.
Y vivent entre autres des phoques et des Manchots à l’œil jaune, une espèce très rare qu’on ne trouve qu’en Nouvelle-Zélande, mais il est encore trop tôt pour tenter d’apercevoir ces derniers. Par contre, il y a deux phoques qui se prélassent. L’un des deux est plutôt agité. Un vieux monsieur, bénévole pour le DOC, nous explique que c’est une femelle et qu’elle est très joueuse. Si joueuse qu’elle se rapproche un peu trop de nous. C’est plutôt flippant de voir un si grand phoque te suivre et surtout, ça va vite ! Le vieux monsieur rigole et nous dit de ne pas avoir peur. Il nous raconte quelques anecdotes, comme la fois où il s’est fait pincer ou qu’un autre phoque ne voulait plus lâcher ses vêtements. On va les laisser tranquille, c’est mieux pour nous et surtout pour eux.

Après vingt minutes de route sur des chemins de gravier à flan des collines, nous nous arrêtons à Taiaroa, tout au bout de la péninsule. On devrait pouvoir y croiser des pingouins et des albatros, mais ni l’un ni l’autre ne pointe le bout de son bec. On se contentera d’un énième magnifique coucher de soleil avec la silhouette des montagnes au loin. La nuit tombe rapidement sur la péninsule, laissant un voile et son beau dégradé de violet se poser tout autour de nous.

L’automne et ses brouillards

L’automne arrive bien souvent avec ses épais brouillards. Les montagnes disparaissent et les arbres se distinguent à peine. Le tout se reflète à la perfection dans les eaux si calmes. Décidément, l’automne est la plus mystérieuse et la plus photogénique des saisons.

Blue pools

Pas de montagne vertigineuse, pas de falaise qui plonge dans l’océan, non, juste un tout petit chemin dans le bush néo-zélandais nous menant vers ces célèbres Blue Pools. Les commentaires des touristes sont parfois drôles, certains vont même jusqu’à crier aux scandales parce que les Blue Pools ne sont plus si blue que ça. D’autres râlent parce que les oiseaux s’approchent un peu trop des humains. Ne serait-ce pas plutôt l’humain qui chamboule tout ?

Cette “Flip-flop track” comme on dit par ici n’a rien d’extravagante, mais elle nous plonge au cœur d’une forêt subtropicale comme on les aime, avec ses palmiers, ses fougères, sa mousse, ses arbres qui ne perdent jamais leurs feuilles et tous ces oiseaux qui chahutent. Du haut du pont suspendu nous contemplons la rivière sous nos pieds et restons toujours ébahi·e·s par la couleur et la clarté des rivières en Nouvelle-Zélande. Il parait que c’est un bon spot pour se rafraîchir en été. On se laisse gentiment draguer par ces petits fantails qui tourbillonnent autour de nous. On pourrait rester des heures à les observer.

Sur le retour, nous marquons plusieurs arrêts photos entre le lac Wanaka et le lac Hawea, ce dernier étant sans aucun doute notre lac préféré. ♥