Les notes d’avril

“Avril ne te découvre pas d’un fil” dit-on chez nous en Europe, mais dans l’hémisphère sud on devrait éviter de se recouvrir trop vite. L’automne est ma saison préférée. J’en attendais beaucoup de ce premier automne en Nouvelle-Zélande, espérant retrouver les mêmes couleurs, la même atmosphère que notre automne en Laponie il y a trois ans, où nous avions même eu droit à nos premières aurores boréales. C’est un peu plus compliqué de voir des aurores australes par ici, bien qu’il y en a déjà pas mal en avril, mais pas toujours facile à voir à l’œil nu, le pays des kiwis offre déjà suffisamment de belles choses en cette période de l’année pour s’en prendre pleins les yeux chaque jour. Des arbres aux 1001 couleurs, des tapis de feuilles d’automne, des montagnes enneigées, des nouvelles fleurs qui pointent soudainement le bout de leurs pétales, des couchers de soleil d’un rose vif, c’est une explosion de couleurs tout autour de nous.

Mais cette explosion de couleurs n’est pas partout dans le pays, la Nouvelle-Zélande étant composée essentiellement d’arbres qui conservent leur feuille toute l’année (comme les hêtres, les conifères ou les nombreux palmiers et fougères qui recouvrent le pays). Dans la région de Wanaka et Queenstown, on retrouve plutôt des arbres venant d’Europe, plantée à l’époque par les colons anglais. Ce qui explique cet automne si coloré venant tout droit du continent européen.

Les températures sont un peu plus fraiches mais la chaleur du soleil se fait enfin plus appréciable. D’ailleurs, notre chance incroyable avec la météo — et ce depuis le début du voyage — se poursuit même en cette saison où il est censé pleuvoir un peu plus ; le soleil est presque toujours au rendez-vous. Tant qu’il faut beau et suffisamment chaud au soleil, nos petits-déjeuners se feront à l’extérieur. ♥

Summerholiday vs (punk)routine

Depuis l’autre bout du globe, vous voyez sans doute cette longue escapade néo-zélandaise comme de très longues vacances. Ça l’est un peu mais pour vivre dans tous ces décors de carte-postale, actuels et futurs, il faut parfois retourner à la routine “van – boulot – dodo”. Cela fait donc déjà deux mois (trois mois 1/2 en vrai à l’heure à laquelle j’écris cet article) que nous passons près de 45h/semaine dans un supermarché au doux nom de New World.

Vêtu·e·s de nos polos avec son “Real kiwi” brodé dans le dos, nous remplissons les rayons du supermarché de 15h à minuit, dans la joie et la bonne humeur. Nous n’aurions jamais pensé faire ce type de job qui parait si fatiguant et stressant. Et pourtant, hormis la fatigue physique, jamais je n’aurai fait un job si peu stressant. J’en suis même à des années-lumières d’une journée type en agence web comme j’ai pu le vivre ces neuf dernières années. Cela fait un bien fou de ne pas penser au boulot quand la journée se termine, en se contentant juste de rigoler des anecdotes de la journée et boire des bières au pub du coin avec les collègues (oui, on ne change pas nos habitudes).

L’équipe est extrêmement variée, notamment en tranche d’âge : ça va de 14 à 70 ans. C’est assez troublant au départ de bosser avec des personnes si jeunes (en Nouvelle-Zélande on peut bosser à partir de 14 ans mais sans revenu minimum fixe) ou d’autres si âgées. Certaines personnes cumulent même plusieurs boulots, travaillant jusqu’à 50 voire 60h par semaine. Il y a une culture du travail bien différente de l’Europe où on tend à réduire les heures de travail pour plus de temps libre. Ici c’est un peu l’inverse, les gens semblent passer bien plus de temps au travail, sans parler des congés payés qui sont bien moindre.

En dehors de ces deux tranches d’âge dont les personnes sont essentiellement kiwi, la très grosse majorité de l’équipe est composée de personnes venues des quatre coins du globe ; des voyageurs en PVT comme nous et beaucoup de personnes venant d’Asie et d’Amérique du Sud avec un visa travail. Dans l’entrepôt c’est un joyeux mélange d’anglais et une multitude de langues. Népal, Inde, Philippines, Chine, Argentine, Chili, Brésil, Maldives, Canada, États-Unis, Australie et les classiques européens (France, Allemagne, Angleterre, Espagne, Pays-Bas, République Tchèque), on fait un tour du monde tout en restant à Wanaka. C’est super enrichissant de bosser avec tant de monde et échanger sur nos différentes cultures. Je crois bien que c’est ce que j’aime le plus dans ce job, cette joyeuse mixité.

Rassurez-vous, lorsque nous ne sommes pas au boulot nous sommes quelque part dans une forêt, au bord d’un lac ou en haut d’une montagne. C’est surtout durant nos deux jours de repos qu’on essaie de visiter et découvrir tout ce qui nous entoure. Comme ces dernières petites escapades à découvrir dans la suite de l’article.

Arrow Town

C’est typiquement LA ville à voir en automne. Avec ses airs de western, la toute petite ville d’Arrow Town est resplendissante en cette période de l’année avec ses arbres et ses montagnes colorées. La ville est très prisée des touristes, avec notamment son ancien centre-ville qui nous donne l’impression d’être dans un décor de film. Un peu plus loin on peut y découvrir les restes d’un village chinois dont ses habitants travaillaient essentiellement dans les mines d’or du coin. D’ailleurs, il est possible de louer le matériel nécessaire pour se transformer en chercheur·euse d’or dans les rivières au sable brillant.

Bob’s Cove

La météo était toute sauf favorable ce jour-là. Il neigeait au réveil. Notre idée de randonner sur les montagnes voisines de Queenstown tombe à l’eau. Tout est recouvert d’immenses nuages. Au départ de notre camping, il y a une petite randonnée de 10km dans la forêt et le long du lac, menant jusqu’à Bob’s Cove, la Twelve Mile to Bob’s Cove Track. Nous nous laissons tenter, malgré la pluie et le froid. Par chance, la pluie s’est arrêtée lorsque nous commençons à marcher. Nous avons même droit à quelques rayons de soleil suivi d’un arc-en-ciel sur le lac. Le chemin est vide d’humain mais rempli d’oiseaux qui chantent à tue-tête et volent juste au-dessus de nos bonnets. Nous restons admiratifs de cette faune et flore si riche en Nouvelle-Zélande. À chaque randonnée, nous découvrons de nouvelles espèces d’oiseaux ou de nouveaux arbres. C’est toujours étrange de voir des palmiers et de la neige en même temps. Nous croisons sur le retour quelques villages de Schtroumpfs.

Les paysages s’assombrissent en arrivant au van. L’ambiance devient presque apocalyptique. C’est beau. Mais on ferait bien de se mettre à l’abri très vite avant que le ciel nous tombe sur la tête.

Roy’s Peak

Roy’s Peak Track est la randonnée la plus connue dans le coin, tellement connue que le parking est constamment rempli à toute heure de la journée, ce qui nous refroidissait pas mal. On repoussait le moment pour la faire, en se disant qu’il y aura moins de monde en automne, mais avec le risque de devoir grimper un bout sur la neige. Sauf que le nombre de touristes ne diminue pas vraiment en ce mois d’avril. Des collègues canadien·ne·s avaient gravi Roy’s Peak de nuit pour admirer le lever du soleil, le lendemain d’une belle tempête de neige. L’idée était plus que séduisante. Nous n’avions encore jamais fait de randonnée en pleine nuit, c’était l’occasion de se lancer tout en sachant que nous allions mourir de froid là-haut.

Après une courte nuit de sommeil, nous arrivons au parking à 4h du matin. Le soleil se lève 3h plus tard. Malheureusement, nous ne serons pas seul·e·s contrairement à nos collègues canadien·ne·s ; le parking compte déjà une bonne dizaine de voitures. Décidément, nous n’arriverons jamais à être seul·e·s dans ce petit pays.
Équipé·e·s de nos frontales, nos 1000 couches de vêtements et notre thé bien brûlant pour se réchauffer, nous commençons l’ascension dans une nuit très sombre et un froid glacial. On nous avait prévenu que le chemin n’était pas très rigolo, il s’agit d’une sorte de piste pour 4×4, mais de nuit c’est parfait pour gravir ces quelques 8 km et ses 1200 mètres de dénivelés.
Ça monte méchamment, notre corps se réchauffe, il est temps de retirer quelques couches pour avoir moins chaud et mieux se couvrir plus tard. Derrière nous, il y a une vingtaine de petites lumières qui avancent doucement dans la montagne.

Au loin, nous voyons la ville de Wanaka encore endormie pendant que nous nous approchons de plus en plus des étoiles et de la Voie Lactée.

Nous croisons soudainement quelques moutons et croyez-moi, un mouton de nuit en pleine montagne, c’est carrément flippant.

Deux heures plus tard, nous voilà presque au sommet. Nous avons été plus rapide que prévu. L’aurore s’installe tout doucement sous nos yeux complètement émerveillés par ce début de spectacle. Nous sommes une petite trentaine de personnes perchées à 1600 mètres d’altitude en attendant le soleil, frappées par le vent glacial.
La lumière du jour dévoile petit à petit l’immense paysage qui nous entoure. Les montagnes sont recouvertes de neige fraîchement tombée plus tôt dans la nuit. Les couleurs sont incroyables. Cet instant même que nous vivons est incroyable. Malgré mes pieds et mains gelées, je pourrais rester des heures là-haut avec cette lumière du matin, à tout photographier encore et encore. Il n’y a pas vraiment de mot pour décrire cette heure passée là-haut. Les couleurs changent toutes les minutes. La lumière, elle aussi changeante, ne cesse de dévoiler de nouvelles ombres, des nouveaux reliefs. C’est sans aucun doute un des plus moments les plus fous depuis notre arrivée en Nouvelle-Zélande. C’est ce qu’on attendait de ce voyage, de ce pays ; des moments magiques, inoubliables, dans des paysages tels qu’on pouvait s’imaginer.

 

Wanaka sous les couleurs d’automne

Plus que des mots, je vous laisse admirer une dernière série haute en couleur de ce bel automne à Wanaka. Les photos du mois suivant risquent d’être plus enneigées.